sorti le 04/03/2026
Vendu comme une comédie au montage TikTokesque, le nouveau long métrage des studios Pixar est au contraire plutôt une ode à la faune et la flore et à l’appréciation contemplative de l’harmonie du vivant autant qu’à sa folie. Mabel, une adolescente passionnée par les animaux, saute sur l'occasion d'essayer une nouvelle technologie révolutionnaire permettant de communiquer avec eux d'une manière inédite en se glissant dans la peau d'une adorable femelle castor.
Animateur pour tous les plus gros studios américains depuis le début des années 2000 et créateur de We Bare Bears, Daniel Chong signe ici sa première réalisation chez Pixar. Proche de l’esthétique de Domee Shi dans ses sympathiques Alerte Rouge (Turning Red) (l'un des trois Pixar sacrifiés par une sortie exclusive sur Disney+ pendant la pandémie) et Elio (dernier-né du studio), le réalisateur dessine des corps humains aux proportions stylisées mais qui semblent pourtant très naturels. À mi-chemin entre le réalisme texturé dans lequel Pixar excelle et un côté plus cartoon, les animaux prolongent cette esthétique plus enfantine. Par une simple idée de mise en scène autour de l’apparence de leurs yeux, le spectateur peut immédiatement distinguer quand la protagoniste adopte ou non le point de vue des animaux. Ce procédé narratif visuel accompagne habilement le décalage entre le regard que les humains posent sur les animaux et celui des animaux entre eux.
Au-delà de l’animation, le deuxième point qui a fait la renommée du studio, à savoir son écriture thématique, est ici plus bancale. Quand le méchant d'un film a parfaitement raison et que le scénariste est obligé de le rendre diabolique pour quand même donner raison aux héros, il y a un problème dans le message. D’autant qu’à l’instar d’Avatar, qu’il cite ouvertement et dont le film reprend le principe, l’héroïne se présente d’emblée comme l’instigatrice de la révolte. Toutefois, au lieu de mener une bataille contre les humains et leur projet destructeur pour la nature, elle délaisse rapidement ses convictions au profit de la quête d’un compromis confortable, acceptant la pilule d’une société qui fonce les yeux fermés vers le monde ravagé de Wall-E.
Cet écrasement politique montre que Pixar n’est plus tout à fait aussi acerbe et juste dans sa critique de l’humanité, et cherche au contraire à dire aux enfants que « la nature c’est bien, mais que les insectes sont quand même vraiment trop méchants quand ils refusent de continuer de se faire écraser sans raison par les humains ». Ce message cynique conditionne les enfants à ne jamais rêver d’un monde où le capitalisme n’est pas victorieux et annihile tout espoir de soulèvement vers un statu quo plus proche de la nature comme le faisait si bien Le Robot Sauvage (The Wild Robot) chez DreamWorks. Après un dernier acte décevant dans son fond, la simplicité de l’image d’un castor sur un rocher fait néanmoins immédiatement grimper l'émotion et sauve quelque peu la fin de Jumpers.
Gwendal Ollivier