sorti le 18/03/2026
Après avoir interprété Neil Armstrong dans First Man (Damien Chazelle, 2018) et avant d’entrer dans l’univers Star Wars avec Starfighter (Shawn Levy, 2027), Ryan Gosling s’envole une nouvelle fois pour l’espace dans un film à mi-chemin entre la hard S-F du premier et l’aspect plus space opera du second. Ryland Grace, professeur de sciences, se réveille seul à bord d'un vaisseau spatial, à des années-lumière de la Terre, sans aucun souvenir de son identité ni des raisons de sa présence à bord. Peu à peu, sa mémoire lui revient, et il comprend l'enjeu de sa mission : résoudre l'énigme de la mystérieuse substance qui cause l'extinction du Soleil. Pour tenter de sauver l'humanité, il va devoir faire appel à ses connaissances scientifiques et à des idées peu conventionnelles.
Duo de réalisateurs derrière les comédies Tempête de boulettes géantes, 21 et 22 Jump Steet et l’excellent La Grande Aventure LEGO, Lord et Miller injectent, au sein d’un univers réaliste, des touches comiques maîtrisées par le biais de la maladresse d’un protagoniste bavard, couard mais diablement ingénieux. Cette dichotomie est illustrée d’un côté par la rapidité cérébrale de Grace quand il s’agit de calculer en un rien de temps des trajectoires complexes ou de percer le fonctionnement biologique d’organismes inconnus et de l’autre par sa méconnaissance totale en matière de pilotage ainsi que par son manque d’entraînement physique, ce qui rend les sorties dans l’espace d’autant plus angoissantes pour le spectateur.
Ancrée dans une réalité tangible, l’organisation militaire et scientifique qui dirige cette opération spatiale n’est pas seulement américaine mais bien internationale et est d’ailleurs menée par l’allemande Sandra Hüller, ferme mais touchante au détour d’une simple scène de chant. De même, les réalisateurs convoquent des concepts scientifiques plus ou moins fantasques mais toujours crédibles qu’ils vulgarisent sans jamais forcer l’explication dans la bouche des personnages. Au centre de nombreuses séquences, les problèmes liés à la gravitation trouvent toujours une solution visuelle comme l’idée d’une centrifugeuse à l’échelle du vaisseau ou l’élan d’une mise en orbite permettant de gagner en vitesse.
[SPOILERS]
À la photographie, Greig Fraser sublime la mise en scène notamment dans le rendu magnifique de l’étoile verdoyante ainsi que dans le travail sur les ombres lors de la première rencontre mystérieuse de l’alien et de son vaisseau majestueux. Abordant la question d’une forme de vie extra-terrestre avec la même subtilité que Steven Spielberg, véritable maître en la matière (qui revient d’ailleurs sur ce terrain cette année avec Disclosure Day), Lord et Miller traitent l’alien comme un être très différent de l’humain sur la forme anatomique et biologique mais semblable sur le fond, dans ses objectifs comme dans ses sentiments.
[Fin des SPOILERS]
Sans plonger dans le melting pot musical de Spider-Man : Into et Across the Spider-Verse, Daniel Pemberton collabore une nouvelle fois avec Lord et Miller qui étaient producteurs et scénaristes de ces films révolutionnaires dans le cinéma d’animation 3D. La bande originale riche et variée rappelle aussi bien les compositions de Pemberton pour Enola Holmes dans ses sonorités légères que des grandes compositions de S-F planantes pour les moments de grandiose et de tension. Dans une industrie hollywoodienne portée par les suites et les reboots, Phil Lord et Chris Miller réalisent un film de S-F ambitieux et atypique, plaçant toute leur confiance en l’excellent Ryan Gosling, à l’image de l’audacieux « Project Hail Mary ».
Gwendal Ollivier