sorti le 18/03/2026
Dans un contexte où le métier d’éleveur est invisibilisé par les politiques et les entreprises, Anthony Dechaux se saisit de ce sujet fort pour un premier long métrage maîtrisé. Audrey, fille d'agriculteurs et cheffe de rayon dans un hypermarché en Normandie, se voit propulsée à la centrale d'achat de son enseigne afin d'y défendre la filière bio et locale. Alors qu'elle fait équipe avec un négociateur aux méthodes redoutables, Audrey va devoir se battre pour faire exister ses convictions au sein d'un système impitoyable.
Dans la veine des cinéastes formés à la Fémis, Anthony Dechaux travaille une photographie contrastée, baignée d’un bleu élégant. En plus de coller visuellement au monde sophistiqué mais impersonnel des grandes entreprises et leurs bureaux géométriques, la colorimétrie froide déteint sur l’univers de la ferme, particulièrement visible sur un plan où seules les flammes du feu de cheminée ressortent de l’obscurité bleutée. L’opposition entre les deux décors du film est alors soulignée par une opposition classique de mise en scène. La centrale est toujours filmée en plan fixe ou avec des mouvements stables alors que la ferme est filmée en caméra portée pour un aspect plus sur le vif, sans jamais tomber dans l’effet criard.
À contre-emploi des personnages qui leur collent habituellement à la peau, Ana Girardot et Julien Frison forment une fratrie de campagnards complémentaires, à la dynamique attachante qui donne immédiatement envie de les voir construire cette nouvelle voie entre élevage bio et local, et distributeur national. Face à eux, Olivier Gourmet impose une présence charismatique, taciturne et directive, tel le patron d’une mafia parfaitement légalisée. Avec son aura naturelle, son personnage est aussi verrouillé que les box de négociations de la centrale dont le nom fictif induit une accroche d’autant plus tangible avec le réel. En adoptant le point de vue engagé mais pondéré d’Audrey face à ce milieu qu’elle découvre en même temps que le spectateur, le film dénonce frontalement la logique cynique qui résume tout à la guerre des prix.
Gwendal Ollivier