Un soir, dans un resto minable de Los Angeles, un homme étrange et débraillé débarque avec un détonateur à la main et affirme venir du futur. Ce serait la 117ème fois qu’il remonte le temps pour empêcher l’apocalypse déclenchée par une IA et sauver une humanité lobotomisée par les écrans. Son ultime stratégie : recruter les clients du restaurant pour former une équipe capable de sauver le Monde. Si ce groupe aussi improbable que mal préparé y parvient, alors l’Humanité a peut-être encore une chance… Ou peut-être pas. Qui sait ?
sorti le 15/04/2026
Brillant réalisateur qui a fait les beaux jours de Disney avec le succès de la trilogie Pirates des Caraïbes mais aussi un de ces pires avec l’échec injustifié de The Lone Ranger, Gore Verbinski revient au cinéma après 8 ans d’absence. Habitué à gérer des budgets de blockbuster (Pirates des Caraïbes 3 étant le film le plus cher de l’Histoire au moment de sa sortie), Verbinski revient à une économie de cinéma plus indépendant et parvient pourtant à faire des merveilles avec le plus petit budget de sa carrière.
Un soir, dans un diner minable de Los Angeles, un homme étrange et débraillé débarque avec un détonateur à la main et affirme venir du futur. Ce serait la 117ème fois qu'il remonte le temps pour empêcher l'apocalypse déclenchée par une IA et sauver une humanité lobotomisée par les écrans. Sa stratégie : recruter les clients du diner pour former une équipe capable de sauver le monde. Si ce groupe aussi improbable que mal préparé y parvient, alors l'humanité a peut-être encore une chance. Derrière ce pitch qui rappelle au public français celui du Visiteur du Futur, se cache un long métrage ambitieux, baigné d’influences bien digérées pour un résultat très singulier.
Quelque part entre les dérives technologiques glaçantes de Black Mirror et le ton de comédie d’action ultra référencée d’Everything Everywhere All at Once, le film trouve une identité forte dans son univers parallèle pas si éloigné du nôtre, rempli d’humains zombifiés par leur téléphone. Si la trame sous forme de quête est en surface assez basique, plusieurs longs retours en arrière pour explorer le passé de certains personnages permettent de sans cesse renouveler le rythme et éveiller la curiosité.
[SPOILERS] Avec un cynisme assez jubilatoire, le film souligne la banalité des tueries de masse dans les écoles états-uniennes à travers cet univers où les parents ne voient pas de souci à remplacer leur enfant par un clone et où les professeurs, terrorisés par les élèves, fuient en congés sabbatiques. [Fin des SPOILERS]
Baignée dans une photographie verdâtre, la lumière du diner où tout commence évoque le monde numérique instauré par les Wachowski dans Matrix, préparant inconsciemment le spectateur à comprendre ce qui amène l’homme à sombrer dans l’époque dystopique d’où vient le voyageur temporel. De même, le réalisateur incite le spectateur à regarder activement le film en distillant des indices pour percevoir les rebondissements de l’intrigue jusqu’à son final bien trouvé. Utilisant intelligemment son budget, Verbinski transforme des décors banals en scènes de cinéma en jouant notamment avec un nombre menaçant de figurants, et conserve le fantasque plus coûteux pour la mise en image de l’IA totalitaire.
Loin du discours diabolisant l’IA, le film dénonce plutôt son incompatibilité totale avec l’art. Alors que l’IA exécute au mieux les demandes de celui qui rédige le prompt, un artiste doit au contraire surprendre son public par sa vision singulière d’une facette du monde, de l’homme ou de quelconque sujet. Dans notre monde où les studios négocient actuellement des contrats avec les entreprises d’IA génératives d’images pour les intégrer à leur plateforme de streaming afin d’inviter l’utilisateur à jouer avec leurs propriétés intellectuelles, la place de la création est à remettre au centre du débat. Défendable comme outil technique pour faciliter certaines étapes de post-production, l’IA ne doit en revanche en aucun cas devenir le moteur de la création, au risque de nous retrouver piégés dans une réalité virtuelle criant à tout va son slogan « Good luck, have fun, don’t die ».
Gwendal Ollivier