sorti le 13/05/2026
Pour l’ouverture du festival de Cannes 2026, Pierre Salvadori nous invite dans le Paris des années folles pour suivre une romance alliant deuil, peinture, voyance, quiproquo, comique et potins. Antoine Balestro, jeune peintre en vogue, n’arrive plus à travailler depuis la mort de son épouse, Irène. Un soir d’ivresse, il tente d’entrer en contact avec elle par l’intermédiaire d’une voyante. Cette jeune foraine nommée Suzanne est rapidement secondée par Armand le galeriste d’Antoine qui voit là l’opportunité qu’il repeigne enfin. Les séances s’enchaînent entre deuil, quête d’inspiration et naissance de sentiments.
Soutenu d’un côté par une direction artistique de qualité (à l’exception d’un ou deux fonds verts criards où un personnage se découpe mal du fond sur des plans d’ensemble de Paris), le film brille par la reconstitution de décors crédibles et fantasques, plusieurs manèges forains provenant d’ailleurs d’un endroit bien connu des rennais : Le Grand Huit. D’un autre côté, le film est aussi porté par ses personnages hauts en couleur, dont le jeu très théâtral donne le ton d’une ambiance rétro dans ses meilleurs et ses pires aspects. Cette époque où maintenir une femme endettée à vie à son service pour la forcer à embrasser des hommes par le biais d’une attraction foraine ne semblait poser de souci à personne, permet de dresser des thématiques d’émancipation et d’amour très poétiques. Alors que Titus tente d’apprendre à Suzanne des gestes grotesques pour exprimer le désir, cette dernière le découvre avec une intense sincérité au travers des mots d’Irène dont elle cherche à reproduire le comportement pour convaincre au mieux Antoine.
Si le film prend du temps à mettre en place ses enjeux, notamment alourdi par le dédoublement de la narration, le tournant majeur opéré par le deuxième acte le fait décoller. Ainsi, l’intrigue d’Irène qui mettait en pause celle de Suzanne pendant de longues minutes se précipite soudain alors que les enjeux deviennent plus intimes pour le quatuor. Cette accélération est joliment illustrée par l’évolution sociale et artistique d’Antoine, perçu en ombre chinoise à travers le drap qui sépare son lit de celui d’Irène, éclairé par la lumière d’une bougie. Dès lors, le film attrape le spectateur par des retournements bien trouvés, quittant l’attendu pour la surprise enivrante d’un bon potin, jusqu’à son climax aux allures de conte qui transforme l’objet d’emprisonnement en objet salvateur en remettant au centre du dénouement la Vénus électrique.
Gwendal Ollivier