sorti le 22/07/2026
Pour un premier passage à la réalisation d’un long métrage, les deux réalisateurs, Martin Darondeau et Bertrand Usclat, manquent quelque peu de panache. Sans chercher le brio technique d’un Alejandro Iñárritu sur Birdman et son faux plan séquence en grand angle saisissant, difficile de voir les véritables intentions de réalisation du duo qui, à l’image de la metteuse en scène de l’histoire, semblent peu inspirés. À trois heures de la levée de rideau de la première mise en scène de Nina, rien ne se passe comme prévu : retards, coups de stress, problèmes techniques et problèmes d'égo secouent la troupe. Pourtant, Nina n'a pas d'autre choix que d'aller jusqu'au bout, car s'il y a bien une règle d'or dans la Maison de Molière, c'est qu'on n'annule pas. Commence alors une course contre-la-montre pour sauver la représentation.
En dépit de ce que le synopsis laisse présager, le sentiment d’urgence se fait peu ressentir malgré l’heure qui s’affiche sans cesse à l’écran. Avec sa durée très courte d’1h15, le film paraît ainsi bien plus long, faute d’une véritable montée en tension jusqu’à son dénouement. L’attention est alors plutôt maintenue par l’humour, qui fait mouche entre beaux mots et situations cocasses mais surtout par l’identification à Nina, très bien construite par les réalisateurs. Souvent à ses côtés, la caméra permet d’adopter pleinement son point de vue sur cette soirée qui part à la dérive dans laquelle Nina est la capitaine d’un navire peuplé de personnages pleins de défauts bien trouvés, du technicien incapable de se retenir de tout expliquer, aux acteurs qui se trompent, oublient leur texte ou sont carrément absents.
Force unificatrice du film, la comédienne Pauline Clément joue avec son image de femme trop gentille pour son propre bien et tient tête à tous les acteurs avec justesse. Celui qui s’en sort le moins bien est étonnamment le plus réputé ; Benjamin Lavernhe, probablement encore sous l’effet de ses guignoleries des César, campe ici un Molière grandiloquant ni fin dans sa pensée, ni drôle dans sa posture. Dans son ensemble, le casting ressort toutefois comme l’atout majeur du métrage, apportant une véritable crédibilité à cette troupe puisque chaque acteur, principal comme secondaire, est réellement membre de la Comédie-Française.
Gwendal Ollivier