sorti le 29/07/2026
Quatre ans après les évènements de No Way Home qui mélangeait maladroitement sort d’oubli et multivers, le sort de Dr Strange a bien fait effet et le monde ne se souvient plus de Peter Parker. Derrière son masque, Spider-Man s’accroche à son quotidien de super-héros de New-York et poursuit sans relâche sa lutte contre la criminalité. Mais le sentiment d’avoir été oublié par ses amis provoque un changement en lui qu’il n’est peut-être pas en mesure de contrôler. Et pourtant, c’est cette mutation qui pourrait être sa seule chance de s’opposer à un adversaire terrifiant, capable d’agir sans jamais être repéré et prêt à s’attaquer à la ville et à ses proches.
Après une première trilogie entièrement réalisée par Jon Watts, le Spidey de Tom Holland a enfin le droit pour son quatrième opus à un bon réalisateur derrière la caméra ! Déjà à l’œuvre sur Shang-Chi qui frappait par ses scènes d’action aux chorégraphies dansantes remarquables (malgré une photographie qui trahissait le tournage entièrement en studio), Destin Daniel Cretton iconise enfin ce Spider-Man au sein de sa ville : New-York. Comme pour compenser leur absence depuis le début de la trilogie de Jon Watts, les scènes de voltige sont cette fois nombreuses. Au cœur de chaque déplacement du héros et de chacun de ses combats, elles sont constitutives de sa détresse psychologique et de sa transformation.
Sans détrôner les scènes de voltige de The Amazing Spider-Man 2, le réalisateur pimente le film d’idées originales comme le plan à l’intérieur du masque, montrant que Peter se perd dans son identité secrète. De même, les nombreux plans de chute libre exploitent pleinement la verticalité de New-York (en particulier en 3D) pour caractériser un héros qui va mal. Cette idée entre en résonance avec Thunderbolts* qui imageait aussi la dépression de Yelena Belova en l’introduisant par un saut d’un gratte-ciel, évoquant un suicide. Sans entrer dans les spoilers, le climax pioche aussi énormément dans la forme de celui de Thunderbolts*, préférant imager un combat interne, puissant dans son message de reconnexion avec les autres et avec son humanité, plutôt qu’un affrontement physique plus attendu.
L’ouverture en forme de montage d’affrontements avec des criminels iconiques des comics, mais sans grand intérêt pour ce film, permet d’ancrer le personnage dans son quotidien de super-héros établi et reconnu et n’est pas sans rappeler l’ouverture de Fantastic Four: First Steps. Cette mutation des codes narratifs du MCU montre une fois de plus que les films de super-héros ne sont pas un genre figé et puisent au contraire dans des genres multiples. Alors que Sam Raimi avait dès les années 2000 abondamment pioché dans les codes horrifiques pour sa cultissime trilogie Spider-Man, on note ici une véritable cassure avec la trilogie de Jon Watts. Construits comme des teen movies (en particulier le 1er), la note finale de cette trilogie pousse Peter à grandir, marqué par ses choix.
Ce changement se ressent non seulement dans l’humour, moins présent et surtout moins granguignolesque, mais surtout dans la construction des personnages et leur interprétation. Au top de sa forme physique pour le rôle, Tom Holland n’a jamais aussi bien incarné l’ambivalence de Peter Parker, entre un héros qui fait des blagues aux criminels qu’il arrête et un jeune homme en galère. Soutenu par la mise en scène et les chorégraphies jouissives, la force de Spider-Man semble véritablement décupler par sa transformation qu’il peine à contrôler. Reléguée au second plan au profit de son activité de héros, sa vie personnelle n’est montrée qu’à travers ses regrets d’une vie qu’il a abandonnée en même temps que son identité à travers le sort de Strange.
Sans se réinventer, Michael Giacchino utilise un procédé tout simple pour caractériser musicalement cette déconstruction de Peter : reprenant le thème principal de ses trois premiers films, il en supprime quelques notes pour signifier la disparition de Peter sous un masque qu’il ne retire quasiment plus. Alors que le thème suintait la légèreté de l’adolescence dans son introduction dans Homecoming et tirait vers le tragique dans le final de No Way Home, il est ici plus épuré, sombre, provoquant un sentiment de mélancolie qui colle une fois de plus parfaitement à l’état mental de Spider-Man en ce jour nouveau.
Gwendal Ollivier