Les Gheorghiu, un couple roumano-norvégien très pieux, s’installent dans un village au bout d’un fjord où ils se lient rapidement d’amitié avec leurs voisins, les Halberg. Les enfants des deux familles deviennent très proches, malgré des éducations différentes. Lorsque le corps enseignant découvre des ecchymoses sur le corps d’Elia, l’aînée des enfants Gheorghiu, la communauté se demande si l’éducation traditionnelle que les enfants Gheorghiu reçoivent de leurs parents pourrait en être la cause.
sorti le 19/08/2026
Alors que son deuxième film, 4 mois, 3 semaines, 2 jours, avait déjà remporté la Palme d’or, Cristian Mungiu entre, avec ce septième long métrage, dans le cercle restreint des réalisateurs ayant reçu deux Palmes d’or. En dépit d’une mise en scène épurée virant auteuriste notamment sur certains plans fixes parfois démesurément longs, ce qui alourdit le rythme dans son lancement et sa conclusion, force est d’admettre que le réalisateur roumain aborde des sujets de société complexes avec un certain talent pour construire et déconstruire finement les mécaniques d’un système.
Les Gheorghiu, un couple roumano-norvégien très pieux, s'installent dans un village norvégien isolé où ils se lient rapidement d'amitié avec leurs voisins, les Halberg. Les enfants des deux familles deviennent très proches, malgré des éducations différentes. Lorsque les enseignants découvrent des ecchymoses sur le corps d'Elia, l'aînée des enfants Gheorghiu, ils contactent immédiatement la protection de l’enfance, suspectant l'éducation traditionnelle des parents Gheorghiu d’en être la cause. Le couple entame alors un long périple pour récupérer la garde de leurs enfants, confrontant deux cultures aux valeurs éducatives et religieuses bien différentes qui interrogent la notion de tolérance.
[SPOILERS]
Dans ce combat pour la garde des enfants, le réalisateur adopte exclusivement le point de vue des parents, mettant en exergue le sentiment d’injustice et de persécution religieuse face à des institutions soi-disant très progressistes et laïques (notion fondée sur la neutralité mais aussi sur le respect de la pratique religieuse d’autrui). Malgré l’écriture et la direction d’acteur oscillant entre le froid et le provocateur de la protection de l’enfance et de leurs représentants légaux, le réalisateur ne prend pas pour autant la défense du couple. Laissant planer le doute sur la nature réelle des bleus trouvés sur le corps des enfants, il invite le spectateur à s’interroger profondément sur ce qui est le mieux pour les enfants sous un angle impartial.
Si le réalisateur prend son temps pour installer ses enjeux, le rythme devient plus prenant dès l’instant où les parents se retrouvent sans enfants. Sebastian Stan et Renate Reinsve se fondent une fois de plus complètement dans leur rôle, maquillés de sorte à avoir des physiques parfaitement communs, loin des stars grimpantes que les réalisateurs s’arrachent. Leur prestation tout en retenue est constitutive de l’immersion et de l’identification à ces personnages, pourtant très singuliers, tant le système norvégien les ostracise pour ce qu’ils sont, sous couvert de ce qu’ils ont peut-être fait.
Alors que le film est récupéré par tous les bords politiques, la question de l’homosexualité supposée de la fille aînée vient pourtant clarifier le point de vue du réalisateur. Par ce dernier plan d’une adolescente désespérée qui crie son amour au bateau qui s’éloigne, Cristian Mungiu se détache des valeurs traditionnelles des Gheorghiu qu’il suit depuis le début de son récit et dépeint que le manque d’ouverture et de tolérance ne fait qu’apporter le malheur, que ce soit dans le cadre d’une culture, d’une religion ou celui institutionnel du bout d’un fjord.
Gwendal Ollivier