sorti le 23/09/2026
Après avoir posé son regard intimiste sur le milieu de la justice réparatrice avec Je verrais toujours vos visages, Jeanne Herry se penche, avec son quatrième long métrage, sur l’addiction à l’alcool. Garance est une jeune actrice qui s’en sort bien, sans être une vedette. Elle gère et assure tout de son mieux, vaillante, joyeuse, soldate, et elle trouve dans l’alcool un carburant, un réconfort inconditionnel. Entre déménagements, travail, rencontres, fêtes, joies et angoisses, elle explore ses relations amicales et sexuelles, mais consomme toujours plus, jusqu’à la potentialité de la mort.
Le choix de s’intéresser à une jeune trentenaire débordante d’une énergie contagieuse n’est pas anodin. À l’opposé de quelqu’un d’isolé qui boirait seul chez lui, ce personnage parfaitement campé par Adèle Exarchopoulos a un profil d’alcoolisme social. Cela permet d’éviter le misérabilisme et renforce de fait l’identification pour la jeunesse qui peut se reconnaître dans ce train de vie. Au-delà de son sujet principal, le film est plongé dans un tas de problématiques actuelles, de l’isolement social (notamment suite au COVID) à la leucémie de la sœur, en passant par la normalisation de la communauté queer à travers son groupe d’amis. Ce portrait humain de la France des années 2020 constitue l’environnement de la protagoniste, la tirant par certains aspects vers le bas et par bien d’autres vers le haut pour l’amener à agir.
[SPOILERS]
Alors que la fin apporte une belle note d’espoir pour toutes les personnes concernées et leurs proches, elle reste malheureusement légèrement idéalisée. En effet, si la médecin doutait de la réussite du sevrage de sa patiente, il est étonnant qu’elle l’ait laissé l’expérimenter de chez elle, non encadrée par des professionnels de santé. De même, conclure sur un rétablissement en quelques semaines occulte aussi le fait que l’alcoolisme est une maladie chronique qui reste un combat de tous les jours pour une personne en souffrant (ce qui est presque illustré avec le dialogue dans la cuisine en fin de film). Pourtant, malgré ces légères facilités, la réalisatrice livre une fois de plus un film puissant, une histoire touchante sur un sujet relativement peu évoqué par le prisme du personnage complexe qu’est Garance.
Gwendal Ollivier